Mercredi 5 décembre 2007
Ce qui a mis douze ans. Ce qui mettra cent ans.

Comment
ne pas se sentir paralysé après trois jours comme ceux-ci ? C'est presque de la déshumanisation, être contraint de garder la ligne devant les yeux. Les sentiments sont étouffés, il est impossible
de décongestionner. Pas de répit, pas de halte, rien n'est autorisé, et je suis loin d'être dans le pire il paraît. On ne peut plus parler, on se contente de rester dans le superficiel, à tenter en
vain de lire sur le visage aliéné des autres ce qu'ils n'arrivent pas à exprimer non plus. Sans compter qu'on a le droit d'être rabaissé encore plus, c'est presque injuste.
La
vérité fait froid dans le dos et chaud aux joues n'est-ce pas ? Je déteste parler, malgré tout, car quelque part, ça fait du mal à tout le monde plus qu'autre chose. J'ose espérer que mon annonce
aura suffi pour attiser votre soif de me connaître avant d'affirmer fermement. Peut-être aurez vous compris davantage mes comportements étrangers, cette fois. Mais je n'aime pas ça, toutefois il
fallait peut-être m'y résoudre, pour mon plus grand désarroi, et la douleur de vous voir sérieusement peinés.
Allons loin dans les ruelles drapées de
nuit, marchons jusqu'à la marque que le destin nous avait fait miroiter. Etrange confirmation que présente cette adresse, si proche des souvenirs gâtés. Le monde est réellement minuscule, comme si
on avait tenté de me faire rester dans le même cercle qu'avant. Mais ce fut un échec, dès le franchissement du pas de la porte, aucun remors, aucun souvenir n'est apparu. Se sentir un peu libre, ça
n'a pas de prix, même si cela doit coûter crises et dégoût à d'autres instants. Et quel ne fut pas mon plaisir une fois que je les ai retrouvés, mes mates, mes amis, qui je crois et j'espère me
permettront de me décrocher complètement de ce qui m'embourbe.
Il est difficile de s'extirper d'un tel passage. Tant de
choses à faire. Les flux sont tendus de tous les côtés, quand ça n'est pas moi, c'est les autres, pour qui je me sens impuissant, en partie à cause de mon temps volé. Je ne sais pas ce qui est
pire. Heureusement, il y a... et puis non. Toujours le mal être un peu enfoui, au détour d'une phrase, accompagné par ce qu'il y a dans mes oreilles, comme par coïncidence, ou peut-être pas.
Toujours peur de briser par une simple poignée de mots tout ce qui se trouve autour de moi. Ce n'est pas ce type de rupture que je cherche.
Préoccupant
n'est-ce pas ? Un jour viendra ou je me le procurerai, puisque ça n'est pas autorisé. Il est la décision finale. C'est se prendre pour Dieu que de le posséder, ça m'excite. Place à la volonté,
illimitée, la raison a été oubliée depuis bien longtemps. Mes doigts gantés glissent entre les plis de la poche intérieure texturée taffetas de ma veste, pour le chercher, ultime recours à toutes
les situations habituellement douloureuses. Au contact du métal froid je frissonne, palpant chacune des arrêtes aiguisées du baril moleté. Il est au creux de ma main, mon pouvoir ne connaît plus de
limite. Par la mort tout m'appartient, malgré les effets secondaires désagréables ou non. Je ferme les yeux et je menace, je fais chanter, en le pointant sur moi ou sur les autres le feu
purificateur. Sous mes paupières, je dissimule la braise de mes pupilles, je fais peur. Et surtout, enfin, j'ai la possibilité d'appliquer la sentence irréfléchie, impulsionnelle, accidentelle,
ravageuse, immédiate et irrévocable. Quelle puissance. Mais c'est parce que c'est irrévocable que ça reste une erreur.
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