Dimanche 11 novembre 2007
Quel bonheur, cette douleur dans les mains, même si ça peut paraître paradoxal. Cela faisait trois semaines pleines que je ne les avait pas posées sur Aline. C'est un peu comme
si j'avais à nouveau découvert son corps aujourd'hui, avec ses petites habitudes, ses petits défauts, se petits caprices. Il faudrait que j'aille lui acheter un nouveau jeu, elle devient trop molle
à force de conserver ses coutumes de débutante. Elle se mettrait presque à friser.
Mes yeux trop humides de penser à Lise m'ont enfin poussé à entrebâiller le batant. Elle semble toujours dormir. Elle doit croire que je la boude, ça fait longtemps qu'elle n'a pas reçu mes soins,
après avoir été témoin d'une crise de fierté surabondante de ma part. Même s'il y a du vrai dans cette affirmation, ça ne tient pas qu'à moi. Tout doit être silencieux dans l'appartement. Même
Gerhard ne sort qu'une fois par semaine, pour émouvoir tout ce qu'il touche, malgré ses dents de grinchailleux. Seule Jeannine, si légère, a le droit de bouger comme bon lui semble, puisqu'elle ne
parle qu'en voyage, et qu'elle adore voyager. Dehors, elle peut faire découvrir sa voix sans crainte de représailles, même si elle parle beaucoup plus faiblement que ses deux voisines bien trop
fières de leur timbre spécial.
Il me tarde vraiment de la retrouver. Mais en même temps, je ne me sens pas de le faire tout de suite, alors que je le pourrais. C'est comme si j'avais envie de faire durer cette absence acidulée
pour mieux profiter de nos futurs moments ensemble. Je suis sûr qu'elle m'attend aussi, malgré ce petit différent, et son visage qui me montre de la colère. Lise est rancunière, mais au fond, on se
sent tellement bien tous les deux qu'elle ferait n'importe quoi pour que l'on se retrouve.
Gerhard vient d'acquérir son passeport pour la liberté. Il va pouvoir jouir de sa nouvelle vie de gitan : ses nouvelles chaussures lui vont à merveille, même si elles ne sont pas très jolies. Il
viendra un jour ou on ira ensemble en acheter des neuves, et où je pourrais enfin lui enlever tous ces bandages réducteurs, un peu comme dans un rêve. Il a de plus en plus de valeur à mes yeux. Je
commence sérieusement à m'y attacher. C'est une drôle de sensation. Il m'apprend à mieux le connaître progressivement, et ses cris déchirants me paraissent moins désagréables. Tout ce qui compte,
c'est qu'ils restent déchirants, mais qu'ils soient beaux, qu'ils fassent battre les coeurs. Il en est capable, il peut y arriver. Ensemble on y arrivera.
par Glutte
publié dans :
Petites cases
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