Lundi 25 juin 2007
Je suis heureux de vous présenter Jeannine, la doyenne de Bohème. Elle est une grande voyageuse, et elle me suit partout. Son tout petit corps est creux, léger, et sent bon le bois. Elle a un son assez claquant, mais les cordes ne frisent pas. Le nylon, quel bonheur, même si elle manque réellement de puissance et de profondeur étant donnée sa petite taille. Elle dort dans ma chambre chaque nuit, et me surveille depuis le mur, au dessus du bureau. Elle a longtemps dormi sur la face sud de mon armoire, mais a été déplacée par manque de place. On lui a mis un petit crochet sur la tête pour qu'elle tienne bien. La journée, elle est toujours à la lumière, près de la fenêtre.

Elle m'a vu dans tous mes états : depuis mon enfance, jusqu'à aujourd'hui dans mes excès de jeunesse. Elle me soutient toujours : elle saute dans mes bras quand j'ai trop bu, sur mon dos sur tout les trajets, au bord des plages, sur les places. Même dans la voiture direction Marseille, elle m'enlace discrètement pendant mes accès de faux flamenco, dans mon lit quand je suis triste. Mes mains la connaissent par coeur, depuis tout ce temps, je me plais à la parcourir de haut en bas, la caresser, la tapoter. Quand je lis, je chatouille machinalement les frettes.

Je l'aime Jeannine. Simple, présente, même si on a tous les deux changés. Quelques accidents lui ont
jeannine.jpgvalu plusieurs bleus, et de mon côté j'ai pris du poil au menton. Depuis que je ne fais plus de classique, elle souffre de mes assauts déchaînés à l'onglet de picking. Mes  mains ont grandi, mes bras aussi, elle ne me semble plus aussi imposante qu'avant, et c'est vraiment très agréable cette relation de confiance entre petites personnes. Les cordes n'ont été changées que deux fois depuis onze ans, une seule cassure à cause de l'altitude. C'est parce que je ne lui fait que des caresses, ce qui me vaut parfois de sa part des séances d'oubli de moi-même, ou de création de choses toutes nouvelles. C'est elle qui me souffle les notes dans la majorité de mon écriture.

Et surtout, je lui dois ce que je suis aujourd'hui, et c'est sûrement cela le plus important. Et ce n'est pas parce que j'ai arrêté le classique que je t'ai oubliée, Jeannine.
par Glutte publié dans : Petites cases communauté : Les Enfants des Muses
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